Sermon du vendredi 17 septembre 2021, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Moubarak, à Islamabad, Tilford au Royaume-Uni. Après le Tashahoud, le Ta’awudh et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

J’évoquais les événements ayant eu lieu à l’époque du Calife ‘Oumar (r.a.). Aujourd’hui je mentionnerai la bataille de Yarmouk. Il existe de récits divergents sur l’année de cette bataille. Selon un récit cette bataille a eu lieu en l’an quinze de l’Hégire. Selon d’autres, elle aurait eu lieu en l’an 13 de l’Hégire avant la conquête de Damas. Selon un autre récit, la première nouvelle d’une victoire offerte au Calife ‘Oumar (r.a.) était celle de la bataille de Yarmouk : vingt jours s’étaient écoulés après le décès du Calife Abou Bakr (r.a.). D’autres affirment que la conquête de Damas était la première nouvelle de la victoire reçue par le Calife ‘Oumar (r.a.). En tout cas, le récit le plus authentique semble être celui de la conquête de Damas. Les témoignages confirment que la bataille de Yarmouk a eu lieu à l’époque du Califat d’Oumar (r.a.).

Les Byzantins, après plusieurs défaites répétées, avaient quitté Damas et Homs, et s’étaient réfugiés à Antioche, une ville frontalière de la Syrie.

Les Arabes ayant renversé tout le Levant et ayant reçu des demandes à l’aide, Héraclius a invité quelques personnalités intelligentes parmi [les chrétiens de la Syrie] et leur a demandé : « Les Arabes sont moins puissants, moins nombreux et moins équipés que vous. Pourquoi n’arrivez-vous pas à les combattre ? » Tous ont baissé la tête avec regret et personne n’a répondu. Mais un vieux, rompu par l’expérience, a déclaré : « Les mœurs des Arabes sont meilleures que les nôtres. Ils veillent la nuit en prière et jeûnent durant la journée. Ils ne commettent pas d’exaction contre autrui et se traitent en égaux. Quant à nous, nous consommons le vin, nous sommes coupables de péchés, nous ne respectons pas notre parole, nous persécutons autrui. Les œuvres des Arabes sont emplis de passion et ils sont constants. Nos œuvres à nous sont dénuées de patience et de constance. »

Le roi romain avait déjà pris la décision de quitter le Levant. Mais recevant délégation après délégation de chrétiens de chaque province et de chaque ville lui demandant de l’aide, l’empereur romain ne pouvait plus contenir son sens de l’honneur. Mû par la passion, il a promis d’utiliser toute sa puissance impériale pour combattre les Arabes. Il a envoyé ses instructions à Rome, à Constantinople, à Antalya, en Arménie et partout demandant à toutes les forces armées de se réunir à Antioche à une date fixée. Il a écrit aux chefs de toutes les provinces leur demandant d’envoyer le nombre maximum d’hommes. Dès que ses ordres sont arrivés à destination, des vagues de soldats ont répondu à l’appel : à Antioche les soldats s’étendaient dans les quatre directions à perte de vue. Ils étaient en effet une multitude.

Les chefs [chrétiens] des territoires conquis par Abou ‘Oubaydah étaient si impressionnés par son sens de justice qu’en dépit des divergences religieuses [avec les musulmans], ils envoyaient des espions pour se renseigner [sur les Romains]. Abou ‘Oubaydah a eu connaissance de tous ces événements grâce à ces chefs chrétiens. Il a réuni tous ses officiers et a prononcé un discours passionné dont le résumé est comme suit : « Ô musulmans ! Dieu vous a éprouvés à maintes reprises et vous avez été à la hauteur de Ses attentes. C’est pour cette raison qu’Il vous a toujours accordé la victoire et Son soutien. Votre ennemi est venu vous combattre armé de la tête aux pieds, tant et si bien que la terre a tremblé. Dites-moi ce que nous devons faire ? »

Yazid Ibn Abi Soufyan, le frère de Mou’awiyah, a déclaré : « Selon moi, nous devons laisser les femmes et les enfants dans les villes et sortir au combat à l’extérieur. On doit envoyer des messages à Khalid et à ‘Amr Ibn Al-‘Âs leur demandant de quitter Damas et la Palestine pour venir à notre aide. » Cela prouve ici que Damas avait été conquis.

Chourahbil Ibn Hassanah a déclaré : « Chacun doit être libre de présenter son opinion en cette occasion. Certes, Yazid a présenté la sienne avec de bonnes intentions. Mais je suis contre son avis. Tous les habitants de la ville sont chrétiens. Il est possible que par inimitié ils livrent nos familles au roi romain ou qu’ils les tuent. »

Abou ‘Oubaydah a déclaré : « En ce cas, nous devons expulser les chrétiens de la ville. Nos femmes et nos enfants seront à l’abri. »

Chourahbil a déclaré : « Ô Emir ! Vous n’en avez certainement pas le droit de le faire ! Nous avons conclu avec les chrétiens un pacte garantissant qu’ils pourront vivre en paix dans cette ville. Comment pouvez-vous briser ce pacte et les expulser de la ville ? » Abou ‘Oubaydah a accepté qu’il s’était trompé et ils n’ont pas trouvé de solution à ce problème. Les membres de l’assistance disaient qu’il fallait attendre les renforts en demeurant à Homs. Abou ‘Oubaydah a répondu que le temps comptait. En fin de compte, les musulmans ont décidé de quitter Homs pour se rendre à Damas, où se trouvait Khalid. La frontière de l’Arabie était d’ailleurs proche de là-bas.

Ayant pris cette décision, Abou ‘Oubaydah a dit à Habib Ibn Maslamah, le trésorier : « Nous avions collecté la Jizyah (des impôts) des chrétiens. Notre situation est des plus critiques et nous ne pouvons pas assurer leur protection et leur bien-être. C’est pour cette raison qu’il faudra leur retourner toutes les sommes que nous leur avons prélevées et leur dire que nous maintenons notre relation avec eux. Or, étant donné que nous ne pouvons pas garantir leur sécurité c’est pour cette raison que nous leur retournerons la Jizyah prélevée pour assurer leur protection. »

Ainsi, [les musulmans] leur ont retourné plusieurs centaines de milliers qu’ils avaient prélevés. Cela avait tant touché les chrétiens qu’ils pleuraient et disaient avec insistance : « Que Dieu fasse que vous retourniez ! »

Les Juifs étaient émus encore davantage. Ils ont déclaré : « Par la Torah ! Tant que nous serons en vie, le roi byzantin ne prendra pas Homs ! » Sur ce, ils ont fermé les portes de la ville, et ils ont placé des gardes partout.

Abou ‘Oubaydah n’a pas uniquement traité de cette manière les habitants de Homs, mais a également demandé à tous les [chefs] des districts conquis de restituer le montant de la Jizyah qui avait été prélevée. Abou ‘Oubaydah est parti pour Damas et a informé le Calife ‘Oumar (r.a.) de toutes ces circonstances. Le Calife ‘Oumar (r.a.) a été très attristé d’apprendre que les musulmans s’étaient enfuis de Homs par peur des Byzantins, mais quand il a appris que c’était la décision de l’armée et des officiers, il a été satisfait et a dit que suite à quelque sagesse Dieu a fait que tous les musulmans soient d’accord avec cet avis.

Selon d’autres récits on avait consulté le Calife ‘Oumar plus tôt et lui-même avait déclaré : « Si vous ne pouvez pas protéger ces populations, retournez tout ce que vous leur avez pris. »

Le Calife ‘Oumar (r.a.) a écrit une réponse à Abou ‘Oubaydah disant qu’il enverrait Sa’î’d Ibn ‘Ammar en renfort, mais que la victoire et la défaite ne dépendaient pas du nombre de soldats.

Abou ‘Oubaydah est arrivé à Damas. Il a rassemblé tous les officiers et les a consultés. Yazid ibn Abi Soufyan, Chourahbil ibn Hasanah et Mou’adh ibn Jabal ont tous présenté des opinions différentes. Pendant ce temps, un messager d’Amr ibn Al-‘Âs est arrivé avec une lettre déclarant qu’un soulèvement général avait éclaté dans les districts jordaniens et que l’arrivée des Romains avait provoqué une grande panique ; et que le retrait de Homs était la cause de cette panique. Abou ‘Oubaydah a répondu : « Nous n’avons pas quitté Homs par peur : nous souhaitons que l’ennemi sorte des lieux sûrs et que les armées islamiques dispersées partout puissent s’unir. » Il a également écrit dans la lettre : « Vous ne devriez pas quitter votre place : je viendrai là-bas à votre rencontre. » Le lendemain, Abou ‘Oubaydah a quitté Damas et a atteint Yarmouk en Jordanie.

Yarmouk était une vallée basse à la périphérie de la Syrie où coulait le Jourdain. Amr ibn Al-‘Âs s’y est rendu pour le rencontrer. Cet endroit était approprié pour la bataille, car les frontières arabes étaient plus proches qu’ailleurs et il y avait des plaines ouvertes jusqu’à ces frontières : ainsi, en cas de besoin, on pouvait s’y replier. L’armée que Calife ‘Oumar (r.a.) avait envoyée avec Sa’id Ibn ‘Amr n’était pas encore arrivée. Les musulmans étaient alarmés d’apprendre l’arrivée des Romains et [l’ampleur de] leur force.

Abou ‘Oubaydah a envoyé un autre messager au Calife ‘Oumar et a écrit : « Les Romains sont sortis de la terre et de la mer. Leur armée est telle que même des moines, qui n’avaient jamais émergé de leurs cloîtres, sont sortis pour les accompagner. » Lorsque cette lettre est arrivée, le Calife ‘Oumar (r.a.) a rassemblé les Mouhajirine et les Ansâr et leur a lu la lettre. Tous les Compagnons ont pleuré de façon incontrôlable et ont lancé avec un grand enthousiasme : « Ô Emir des Croyants ! Pour l’amour de Dieu ! Permettez-nous de partir aider nos frères. Si à Dieu ne plaise, ils subissent la moindre blessure, la vie est vaine ! » L’enthousiasme des Mouhajirine et Ansâr a augmenté tant et si bien qu’Abd al-Rahman ibn ‘Awf a déclaré : « L’Emir des Croyants doit commander en personne [cette armée] et nous emmener ! » Mais d’autres Compagnons n’étaient pas d’accord avec cette opinion. L’avis majoritaire était d’envoyer plus de renforts. Le Calife ‘Oumar (r.a.) a demandé au messager jusqu’où l’ennemi était arrivé. Celui-ci de répondre qu’il était à trois ou quatre lieues de Yarmouk. Le Calife ‘Oumar (r.a.), très attristé, a déclaré : « Que peut-on faire à présent ? Comment l’aide pourra-t-elle leur parvenir en si peu de temps? »

Il a écrit une lettre très convaincante à Abou ‘Oubaydah et a dit au messager de se présenter à chaque rangée de soldats et de lire la lettre qui disait : « ‘Oumar vous salue et dit : Peuple de l’Islam ! Combattez l’ennemi avec bravoure. Foncez comme des lions sur l’ennemi et frappez-leur le crâne de vos épées, et ils devront vous paraître plus insignifiants que des fourmis. Ne soyez pas effrayés par leur nombre, et ne vous inquiétez pas des renforts qui ne vous sont pas encore parvenus. »

Par une étrange coïncidence Sa’id Ibn ‘Amir est arrivé avec un millier d’hommes le jour même où le messager est parvenu à Abou ‘Oubaydah. Les musulmans avaient désormais reçu un grand renfort et ils ont commencé à se préparer au combat avec une grande détermination. Mou’adh ibn Jabal, un compagnon de haut rang, a été nommé à la tête de l’aile droite de l’armée. Qoubas ibn Achyam était à la tête de l’aile gauche et Hachim ibn ‘Outbah était l’officier de l’infanterie. Il a divisé la cavalerie en quatre. Il a pris le commandement d’une partie et a nommé Qays Ibn Houwayrah, Maysarah Ibn Masrouq et ‘Amr Ibn Toufayl à la tête des autres détachements.

Ces trois étaient considérés très courageux dans toute l’Arabie, d’où leur titre de Faris al-‘Arab. Les Romains sont également sortis en grand nombre et bien équipés. Il y avait plus de deux cent mille soldats et vingt-quatre rangées devant lesquelles se tenaient leurs prêtres, les croix à la main. Quand les armées se sont retrouvées face à face, l’un des « Patricks », un terme désignant un prêtre chrétien, a rompu la ligne et a déclaré : « Je veux me battre seul ! » Maysarah Ibn Masrouq a avancé sur son cheval mais étant donné que l’adversaire était très fort et jeune, Khalid l’a arrêté et a regardé vers Qays Ibn Houwayrah. Qays s’est précipité tel un tigre tant et si bien que le prêtre n’a même pas pu manipuler son arme et son assaut était terminé. L’épée lui est tombée sur sa tête, brisant son casque et atteignant son cou. Le prêtre a chancelé et est tombé de son cheval. En même temps, les musulmans ont lancé le Takbir. Khalid a dit : « C’est de bon augure ; si Dieu le veut, la victoire est à nous. »

Les chrétiens ont déployé des armées séparées contre les compagnons d’armes de Khalid, mais toutes ont été vaincues, et la bataille a été reportée ce jour-là. Lorsque les Romains ont constaté qu’ils avaient été vaincus, Bahan, le général romain, a rassemblé ses chefs et a dit : « Les Arabes ont goûté aux richesses de la Syrie. Il vaut mieux les repousser d’ici en les couvrant d’or et de richesses au lieu de se battre avec eux. » Tout le monde était d’accord avec lui.

Le lendemain, il a envoyé un messager à Abou ‘Oubaydah lui disant : « Envoyez-nous un de vos honorables officiers. Nous voulons lui parler de paix. » Abou ‘Oubaydah a choisi Khalid. Le messager s’appelait Georges. Les biographies ourdoues ont écrit Georges, mais dans les livres arabes, son nom est Jarja. J’inclus cette précision pour les Arabophones. Il est arrivé [au camp musulman] au coucher du soleil et la prière de Maghrib a commencé peu de temps après. Le zèle avec lequel les musulmans se sont levés en disant Takbir et la sérénité, le calme, la dignité et l’humilité avec lesquels ils ont prié a laissé bouche-bée le messager tant et si bien qu’après la prière, il a posé quelques questions à Abou ‘Oubaydah, dont l’une était : « Qu’elle est votre croyance à propos de Jésus ? Abou ‘Oubaydah a récité ces versets du Coran :

إِنَّ مَثَلَ عِيسَى عِنْدَ اللَّهِ كَمَثَلِ آَدَمَ خَلَقَهُ مِنْ تُرَابٍ ثُمَّ قَالَ لَهُ كُنْ فَيَكُونُ

يَا أَهْلَ الْكِتَابِ لَا تَغْلُوا فِي دِينِكُمْ وَلَا تَقُولُوا عَلَى اللَّهِ إِلَّا الْحَقَّ إِنَّمَا الْمَسِيحُ عِيسَى ابْنُ مَرْيَمَ رَسُولُ اللَّهِ وَكَلِمَتُهُ أَلْقَاهَا إِلَى مَرْيَمَ وَرُوحٌ مِنْهُ فَآَمِنُوا بِاللَّهِ وَرُسُلِهِ وَلَا تَقُولُوا ثَلَاثَةٌ انْتَهُوا خَيْرًا لَكُمْ إِنَّمَا اللَّهُ إِلَهٌ وَاحِدٌ سُبْحَانَهُ أَنْ يَكُونَ لَهُ وَلَدٌ لَهُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ وَكَفَى بِاللَّهِ وَكِيلًا


لَنْ يَسْتَنْكِفَ الْمَسِيحُ أَنْ يَكُونَ عَبْدًا لِلَّهِ وَلَا الْمَلَائِكَةُ الْمُقَرَّبُونَ وَمَنْ يَسْتَنْكِفْ عَنْ عِبَادَتِهِ وَيَسْتَكْبِرْ فَسَيَحْشُرُهُمْ إِلَيْهِ جَمِيعًا

« Assurément, aux yeux d’Allāh, le cas de Jésus est pareil à celui d’Adam. Il le créa de la poussière ; puis Il lui dit « Sois » et il commença à être. » (3 : 60)

« Ô Gens du Livre, n’outrepassez pas les limites de votre religion, et ne dites rien que la vérité concernant Allah. En vérité, le Messie, Jésus, fils de Marie, n’était que le Messager d’Allah et un accomplissement de Sa parole qu’Il envoya à Marie, et une miséricorde de Sa part. Ainsi, croyez en Allah et en Ses Messagers, et ne dites pas : « Ils sont trois. » Cessez de dire cela, cela vaudra mieux pour vous. En vérité, Allah n’est qu’Un Dieu Unique. Saint est-Il, bien au-dessus du besoin d’avoir un fils. C’est à Lui qu’appartiennent tout ce qui est aux cieux et tout ce qui est sur la terre ; et Allah suffit comme Gardien.

Assurément, le Messie ne dédaignera jamais d’être un serviteur d’Allāh, ni les anges rapprochés de Lui. (4 : 172-173)

Lorsque l’interprète a traduit ces versets, George, le messager s’est écrié involontairement : « Je témoigne que ce sont les attributs de Jésus, et je témoigne que votre Prophète est vrai ! » En disant cela, il récita la parole du Tawhid et il est devenu musulman, et il ne voulait pas retourner auprès de son peuple, mais Abou ‘Oubaydah, a eu peur que les Romains croient que les musulmans avaient violé leur parole et dit à Georges : « Il vaut mieux que tu retournes dans le camp romain. Tu pourras rentrer avec notre émissaire que nous vous enverrons demain. »

Le lendemain, Khalid s’est rendu auprès des Byzantins. Ces derniers s’étaient déjà préparés pour étaler leur gloire en plaçant de longues rangées de cavaliers des deux côtés de la route, portant le fer de la tête aux pieds, mais Khalid les regardait avec autant d’insouciance et de mépris qu’un lion traversant un troupeau de chèvres. Lorsqu’il est arrivé dans la tente de Bahan, celui-ci l’a salué avec grand respect et l’a fait s’asseoir à côté de lui. La conversation a commencé grâce à un interprète. Après une brève discussion, Bahan a commencé son discours. Après avoir loué Jésus, il a pris le nom de César et a déclaré fièrement : « Notre roi est l’Empereur de tous les rois. » L’interprète n’avait pas encore entièrement traduit ces mots lorsque Khalid a arrêté Bahan et a déclaré : « Votre roi, l’est sans nul doute. Mais nous déposerons immédiatement celui que nous avons pris pour chef s’il pense, ne serait-ce qu’un instant, au royaume terrestre. » Bahan a repris son discours et se disant fier de sa richesse, il a déclaré : « Les Arabes, les gens de votre nation sont venus s’installer dans notre pays, nous les avons toujours traités avec amitié. Nous pensions que tous les Arabes seraient reconnaissants pour ces concessions, mais vous avez envahi notre pays contre toute attente et vous voulez nous en expulser. Ne savez-vous pas que de nombreuses nations ont fait de telles tentatives à plusieurs reprises mais n’ont jamais réussi. Aucune nation au monde n’est plus ignorante que vous : vous êtes des incultes et sans le sou. Comment osez-vous nous attaquer ? ! Mais nous vous pardonnons aussi. Si vous partez, nous offrirons dix mille dinars au commandant et mille dinars aux officiers et cent dinars aux simples soldats. » Or lui-même avait amassé une grande armée contre les musulmans pour les éliminer. Mais quand il a constaté qu’il n’était pas facile de gagner la guerre, il a proposé ces conditions. Quand Bahan a terminé son discours, Khalid s’est levé et après avoir loué Dieu et son messager, il a déclaré : « Sans aucun doute, vous êtes riches, opulents et puissants. Nous savons comment vous avez traité vos voisins les Arabes. Mais ce n’était pas là une faveur de votre part. C’était un stratagème pour répandre votre religion. Ce qui a eu pour effet que ces Arabes sont devenus chrétiens et aujourd’hui ils se battent à vos côtés contre nous. Il est vrai que nous étions très nécessiteux, étroits d’esprit et nomades. Notre cruauté et notre ignorance étaient telles que le puissant parmi nous écrasait le faible. Les tribus se battaient entre elles et périssaient. Mais Dieu a eu pitié de nous et a envoyé un prophète qui était de notre propre nation : il était le plus honorable d’entre nous, le plus généreux, le plus pur. Il nous a enseigné l’unicité de Dieu et nous a informés que Dieu n’a pas de partenaire : il n’a pas de femme ou d’enfants. Il est Seul et Unique. Il nous a aussi commandé de présenter ces croyances au monde entier, celui qui y croit est musulman et notre frère. Nous serons les protecteurs et les soutiens de celui qui ne croit pas mais accepte le paiement de la Jizyah. L’épée est réservée à celui qui n’accepte pas ces deux conditions. S’ils ne croient pas et s’ils s’apprêtent à se battre nous seront également prêts à prendre les armes. »

C.-à-d., si l’autre est prêt à se battre, nous allons nous aussi nous battre.

Quand Bahan a entendu parler de Jizyah, il a émis un soupir et a indiqué vers son armée : « Ils seront prêts à mourir mais ne paieront jamais la Jizyah. Nous prenons la Jizyah et ne l’offrons pas aux autres. »

En somme, aucun accord n’a été conclu et Khalid s’est levé et il est rentré. Les préparatifs de cette dernière bataille avaient commencé et les Romains n’allaient jamais s’en remettre. Après le départ de Khalid, Bahan a rassemblé les chefs et leur a dit : « Vous avez entendu ! Les Arabes prétendent que vous ne serez jamais à l’abri de leurs attaques à moins que vous ne soyez leurs sujets. Souhaitez-vous qu’ils vous asservissent ? » Tous les officiers ont lancé passionnément : « Nous sommes prêts à mourir mais n’accepterons jamais cette humiliation! »

Le matin, les Romains sont sorti avec un tel enthousiasme que même les musulmans en ont été surpris. Suite à ce constat, Khalid a préparé une nouvelle formation de l’armée contraire à la tradition générale de l’Arabie. C.-à-d., quand Khalid a vu que les Romains étaient sortis avec zèle, il a formé l’armée d’une nouvelle manière contre la règle générale des Arabes livrer le combat.

L’armée [musulmane] était composée de trente-cinq mille hommes : il en a formé trente-six divisions et des rangées très ordonnées à l’avant et à l’arrière. Le [commandement] du centre a été confié à Abou ‘Oubaydah, l’aile droite à ‘Amr Ibn Al-‘Âs et Chourahbil. L’aile gauche était confiée à Yazid Ibn Abi Soufyan. En sus de ceux-ci, les officiers nommés séparément dans chaque rangée ont sélectionné parmi les combattants ceux célèbres pour leur bravoure et leurs arts martiaux. Les prédicateurs attisaient les passions [des soldats] et les inspiraient avec leurs discours éloquents. Parmi eux se trouvait Abou Soufyan qui répétait ces paroles : « Allah ! Allah ! Vous êtes les protecteurs de l’Arabie et les aides de l’Islam. Ils sont les protecteurs de Rome et les aides du polythéisme. Allah ce jour est l’un des Tiens ! Allah envoie Ton aide sur Tes serviteurs ! »

‘Amr ibn ‘Âs répétait quant à lui : « O gens ! Gardez vos yeux baissés et placez-vous sur vos genoux ! Tenez vos lances et tenez-vous fermement à votre place et dans vos rangs. Lorsque l’ennemi vous attaque, donnez-lui un répit jusqu’à ce qu’il arrive à la pointe de vos lances. Ensuite, attaquez-le comme des lions ! Je jure par Allah, Qui est satisfait de la vérité et Qui en accorde la récompense, Qui est mécontent du mensonge et le punit et Qui récompense les bonnes actions ! J’ai su que les musulmans vont conquérir ville après ville, et palais après palais et qu’ils vont conquérir tout le pays. Ne laissez donc pas leur force et leur nombre vous effrayer. Si vous vous battez avec constance, ils se disperseront dans la peur, comme les petits d’une caille. »

Bien que l’armée musulmane soit peu nombreuse, pas plus de trente-cinq mille hommes, ils avaient été choisis de toute l’Arabie. Parmi eux se trouvaient un millier d’anciens qui avaient vu le visage béni du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Cent d’entre eux étaient de ceux qui avaient accompagné le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) au cours de la bataille de Badr. De parmi les tribus arabes les plus célèbres, plus de dix mille appartenaient à la seule tribu d’Azd. Il y avait aussi un grand nombre issu de la tribu d’Himyar. Il y avait en outre des braves guerriers issus des tribus de Hamadan, Kholan, Lahm et Joudham. L’une des particularités de cette bataille est que même des femmes y ont participé et se sont battues avec beaucoup de courage. Hind, la mère de l’Emir Mou’awiyah, l’épouse d’Abou Soufyan, qui s’était convertie à l’islam, avait l’habitude d’attaquer tout en lançant : « Dépecez ces infidèles avec vos épées. » De même, Jawariyah, la fille d’Abou Soufyan et la sœur de l’Emir Mou’awiyah est sortie avec un groupe et a combattu l’armée romaine avec son mari et est tombée en martyr lors d’une bataille féroce. Miqdad, qui avait une très belle voix, avait l’habitude de réciter la sourate Al-Anfal, qui encourage le jihad, devant l’armée.

La passion des Romains était telle que trente mille des leurs s’étaient attachés les pieds les uns aux autres afin qu’ils ne reculent pas. La bataille a été déclenchée par les Romains. Une armée de deux cent mille a avancé comme un seul corps. Des milliers de prêtres et d’évêques ont marché la croix dans la main et ont crié le nom de Jésus. En voyant toute cette multitude armée de pied en cap, quelqu’un n’a pu s’empêcher de lancer « Allahou Akbar ! Quel nombre immense ! » Khalid a lancé avec enthousiasme : « Tais-toi ! Je jure par Dieu ! Si les sabots de mon cheval étaient en bon état, je dirais que les chrétiens devraient doubler le nombre de leurs troupes ! » Les chrétiens ont attaqué avec une grande force et ont fait pleuvoir des flèches. Les musulmans sont restés fermes pendant longtemps, mais l’attaque était si intense que l’aile droite des musulmans s’est brisée et s’est séparée de l’armée, se retirant de manière très chaotique. Les vaincus reculaient et atteignaient la tente des femmes. Les femmes se sont mises en colère quand elles ont vu la condition des musulmans. Elles ont arraché les piquets de leurs tentes et ont crié : « Si ces peureux viennent ici, nous leur briserons la tête avec ce bois ! » Hind, la femme d’Abou Soufyan, s’est avancée, bâton à la main. D’autres femmes l’ont suivie. Quand Hind a vu Abu Sufyan s’enfuir, elle a frappé son cheval à la tête et a dit : « Où vas-tu ? Retourne sur le champ de bataille ! » Par ailleurs, il existe un autre récit selon lequel Hind a ramassé un bâton et s’est penchée vers Abu Sufyan pour dire : « Par Dieu ! Tu étais un farouche opposant de la vraie religion et du Messager de Dieu. Aujourd’hui tu as l’occasion de sacrifier ta vie pour la gloire de la vraie religion et le plaisir du Messager de Dieu sur le champ de bataille et d’être honoré devant Dieu ! » Le sens de l’honneur d’Abou Soufyan a été attisé et il est reparti avec une épée et est entré au cœur de l’ennemi.

Khawla, une autre femme musulmane courageuse, encourageait les soldats musulmans en récitant ce poème :

یاھاربا عن نسوة تقیات

فعن قلیل ما تری سبیات

ولا حصیات ولا رضیات

Elle disait : « Vous qui fuyez les femmes pieuses, vous les verrez bientôt comme des prisonnières : elles ne seront plus tenues en haute estime et ne seront plus plaisantes. »

Voyant cette situation, Mou’adh ibn Jabal, qui était le commandant d’une partie de l’aile droite de l’armée a sauté de son cheval et dit : « Je me bats à pied. S’il y a un homme courageux capable de s’occuper de ce cheval, qu’il le prenne. » Son fils a dit : « Oui, j’en suis capable car je peux bien me battre en tant que cavalier. » Père et fils sont entrés au cœur de la bataille et se sont battus courageusement tant et si bien que les musulmans ont pu reprendre leurs forces.

En même temps, Hajjaj, le chef de la tribu d’Oubaydah, a avancé avec cinq cents hommes, arrêtant les chrétiens qui poursuivaient les musulmans. Dans l’aile droite, la tribu des Azd est restée inébranlable depuis l’assaut. Les chrétiens ont mis toute la force guerrière sur eux mais ils sont restés fermes comme une montagne. L’intensité de la bataille était telle que des têtes, des mains, des bras tombaient de tous côtés, mais ils n’ont pas flanché le moindrement. ‘Amr ibn Toufayl, le chef de la tribu, frappait de son épée et lançait : « Ne ternissez pas l’honneur des musulmans ! » Il a lui tué neuf grands guerriers avant de tomber en martyr.

Khalid, qui avait gardé son armée derrière lui, a percé les rangs : il a attaqué avec une telle force qu’il a renversé les rangs des Romains. ‘Ikrimah, fils d’Abou Jahl, a avancé à cheval et a déclaré : « Ô chrétiens ! À une époque, étant mécréant, j’ai combattu contre le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) : croyez-vous que je vais reculer à cause de vous ? En disant cela, il a regardé l’armée et a demandé : « Qui jure de combattre jusqu’à la mort ? ». Quatre cents hommes, dont Dirar ibn Al-Azwar, ont juré de combattre jusqu’à la mort et ont combattu avec une telle ténacité que presque tous ont été tués. Le corps d’Ikrimah a été retrouvé dans un tas de cadavres.

Il restait en lui un soupçon de vie. Khalid a placé sa tête sur ses cuisses et a fait couler un peu d’eau dans sa gorge et a dit : « Par Dieu ! L’opinion d’Oumar que nous ne mourrons pas au combat était fausse. » Ikrimah et ses compagnons ont été certes tués, mais ils avaient tué des milliers de soldats romains. Les attaques de Khalid avaient affaibli davantage leur pouvoir jusqu’à ce qu’ils aient finalement dû battre en retraite et Khalid les a repoussés jusqu’à atteindre le Duranjar (commandant de l’armée byzantine). Celui-ci et les officiers avaient des mouchoirs sur leurs yeux afin que s’ils ne pouvaient pas voir la victoire, ils ne verraient pas la défaite non plus.

En même temps que la bataille faisait rage à l’aile droite, Ibn Qanatir, le chef de l’aile droite des Byzantins, a attaqué l’aile gauche. Malheureusement, cette partie de l’armée musulmane était composée des membres des tribus de Lahm et de Ghassan qui vivaient sur la frontière de la Syrie. Ils payaient des impôts aux Romains depuis un certain temps. La terreur des Romains qu’ils avaient au cœur a eu pour effet qu’ils avaient perdu pied lors du premier assaut. Même s’ils étaient musulmans ils étaient toujours intimidés par les Romains : ils ont pris peur et ont perdu pied. En tout cas, si les officiers avaient fait preuve de courage, la bataille serait terminée.

Les Romains ont pourchassé les fugitifs et ont atteint les tentes [des femmes]. Voyant cette situation, les femmes sont sorties et leur entêtement a empêché les chrétiens d’avancer. Bien que l’armée était en plein désarroi, Qoubas Ibn Achyam, Sa’id Ibn Zayd, Yazid Ibn Abi Soufyan, ‘Amr Ibn ‘Âs et Chourahbil Ibn Hasanah encourageait les officiers. Les épées et les lances se brisaient dans les mains de Qoubas sans que cela ne l’émeuve. Lorsqu’une lance tombait, il demandait : « Y a-t-il quelqu’un qui offrira une arme à celui qui a promis à Dieu de mourir au combat ? » Les gens lui présentaient immédiatement une lance ou une épée. Il se précipitait et attaquait l’ennemi. Abou al-A’war a sauté sur son cheval et s’est adressé à l’armée de son étrier, disant : « La patience et la persévérance sont l’honneur en ce monde et la miséricorde dans l’au-delà. Ne perdez pas cette richesse. »

Sa’id Ibn Zayd se tenait à genoux en colère. Lorsque les Byzantins se sont approchés de lui, il a sauté comme un lion et a tué l’officier de l’avant-garde. Yazid ibn Abi Soufyan, le frère de Mou’awiyah, se battait avec une grande détermination. Par coïncidence, son père, Abou Soufyan, est venu vers lui tandis qu’il encourageait l’armée et quand il a vu son fils, il a dit : « Ô mon fils, chaque soldat sur le terrain fait montre de son courage. Tu es un général : tu dois être davantage courageux. Si un seul soldat te dépasse dans ton armée, ce sera une source de honte pour toi. »

Chourahbil était entouré de Romains de toutes parts et il se tenait comme une montagne au milieu, récitant ce verset du Coran :

إِنَّ اللَّهَ اشْتَرَى مِنَ الْمُؤْمِنِينَ أَنْفُسَهُمْ وَأَمْوَالَهُمْ بِأَنَّ لَهُمُ الْجَنَّةَ يُقَاتِلُونَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ فَيَقْتُلُونَ وَيُقْتَلُونَ

« Assurément, Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Jardin céleste qu’ils recevront ; ils combattent pour la cause d’Allah et ils tuent et sont tués… » (9 : 111)

Il scandait ce slogan : « Où sont ceux qui souhaitent effectuer cette transaction avec Dieu, et ceux qui souhaitent obtenir Sa proximité ? » Toute personne qui entendait ce slogan, retournait aussitôt au combat, au point où cette armée qui se décomposait, s’est relevée, et Chourahbil les a dirigés dans une bataille où tout le monde a combattu d’une façon si brave que les Byzantins qui s’avançaient pour combattre, se sont arrêtés. Les femmes sortaient des tentes, se mettaient à l’arrière de la troupe et criaient : « Si vous fuyez le champ de bataille, ne revenez pas vers nous ! » Les deux camps étaient presque égaux et les Romains étaient même plus proches de la victoire. Qays ibn Houwayrah, à qui Khalid avait confié une partie de l’armée et qu’il avait posté à la limite de l’aile gauche, a attaqué par-derrière avec une telle force que les chefs romains, qui ont tenté de gérer la situation, n’ont pas réussi à garder le contrôle de l’armée. Toutes les rangées se sont désintégrées, et se sont retirées dans la panique. Au même moment, Sa’id Ibn Zayd a attaqué en plein cœur de l’armée. Les Romains se sont retirés jusqu’au fossé qui délimitait le champ. Leurs corps ont rempli le fossé en peu de temps et le champ s’est vidé. Ainsi, Allah l’Exalté a conduit les musulmans vers une grande victoire dans cette bataille.

Un récit de cette bataille mérite d’être retenu. Quand cette grande bataille était en cours, Habas Ibn Qays, un brave soldat, se battait vaillamment : quelqu’un l’a frappé d’une épée au pied : il s’est séparé de sa jambe. Habas ne s’en était même pas rendu compte. Peu de temps après lorsqu’il s’en est rendu compte il s’est soucié de son pied. Lorsqu’il a regardé, il s’est rendu compte qu’il n’avait plus de pied. Les gens de sa tribu ont toujours été très fiers de ce récit.

Il existe un désaccord sur le nombre de Byzantins tués. Al-Tabari et Al-Azdi ont commenté à ce sujet. Al-Azdi rapporte plus de cent milles tués. Selon Al-Baladhouri ce nombre était de soixante-dix milles. Du côté des musulmans, il y a eu une perte de trois mille hommes : parmi eux se trouvaient ‘Ikrimah, Dirar ibn Al-Azwar, Hicham ibn Al-‘Asi, Haban ibn Sa’id et d’autres.

César se trouvait à Antioche lorsqu’il a appris la nouvelle de la défaite. Il s’est aussitôt préparé pour Constantinople. Alors qu’il marchait, il s’est tourné vers la Syrie et a dit : « Adieu, ô Syrie. »

Abou ‘Oubaydah avait écrit une lettre au Calife ‘Oumar (r.a.) pour l’informer de la bonne nouvelle de la victoire et lui a envoyé un petit groupe d’émissaires qui comprenait Houdhayfah Ibn Al-Yaman. Le Calife ‘Oumar (r.a.) n’avait pas dormi depuis des jours dans l’attente des nouvelles de Yarmouk. Lorsqu’il a reçu la nouvelle de la victoire, il est aussitôt tombé en prosternation, et a remercié Dieu.

Afin de se rendre à Yarmouk, l’armée islamique a dû quitter temporairement Homs, et c’est pour cela que la jizyah qui avait été récoltée (au préalable) a été rendue à la population.

Mentionnant ce fait, Hazrat Mouslih Ma’oud (r.a.) a déclaré : « Les compagnons ont combattu l’état de Rome, et ils ont pris possession de Jérusalem, un centre religieux des chrétiens ; et ils ont avancé encore plus loin. Lorsque les chrétiens ont vu que leur centre religieux était tombé aux mains des musulmans, ils ont décidé de faire un dernier effort afin de les en chasser et ont annoncé une guerre religieuse aux quatre coins de l’empire afin d’attiser l’enthousiasme des chrétiens. Ils se sont préparés à attaquer l’armée islamique en réunissant une très grande armée. Voyant leur attaque féroce, les musulmans, qui étaient bien moins nombreux qu’eux, ont décidé de se retirer temporairement. Le commandant islamique a écrit au Calife ‘Oumar (r.a.) : « L’ennemi est si nombreux et nous sommes si peu, que le combat sera synonyme de la destruction de notre armée. Ainsi, si vous nous le permettez, la troupe islamique va se retirer afin de réorganiser l’armée, de réduire la ligne de front et afin de pouvoir combattre en réunissant toutes les troupes musulmanes. » Il avait également ajouté : « Nous avons récolté des impôts des régions que nous avons conquises. Si vous nous permettez de libérer ces régions, pouvez-vous nous informer de la directive au sujet de ces tributs ? » Le Calife ‘Oumar (r.a.) a répondu : « Le fait de se retirer afin de réduire le front et de réunir la force islamique n’est pas contraire aux enseignements islamiques. On a collecté le tribut des gens de ces régions afin de leur offrir, en contrepartie, la protection de l’armée islamique. Étant donné que la troupe islamique se retire, elle ne pourra plus assurer la protection de ces régions ; et pour cette raison il est important de rendre tout ce qui avait été prélevé. » Quand cette directive du Calife ‘Oumar (r.a.) est parvenue, le commandant de l’armée a fait venir les propriétaires terriens, les commerçants, et les autres personnes de ces régions, et leur a rendu les sommes qui ont été récoltées en leur disant : « Ces sommes ont été récoltées en échange de votre protection qui devait être assurée par l’armée islamique ; mais comme nous estimons que nous sommes plus faibles que l’ennemi, et que nous allons nous retirer temporairement, nous ne pourrons assurer votre protection, et de ce fait nous ne pouvons garder l’argent récolté. » C’était un exemple qui n’a été montré par aucun autre roi dans l’histoire de ce monde. Quand des rois se retirent d’une région, au lieu de rendre les sommes des taxes et autres, ils pillent davantage ces régions. Ils souhaitent tirer le maximum de profit de ces régions avant qu’elles ne passent dans d’autres mains. De plus, comme ils ne souhaitent pas y habiter ils ne se soucient guère de leur réputation. S’il s’agit d’un grand État bien organisé, au plus il retire silencieusement ses troupes sans qu’il y ait trop de pillages. Mais l’exemplarité qui a été établie par l’armée islamique n’a eu de précédent dans l’histoire de l’humanité ; on ne trouve une telle pratique qu’à l’époque de Calife ‘Oumar (r.a.). Malheureusement, même lorsqu’on regarde l’époque qui a suivi, on ne trouve d’exemple similaire dans le monde, d’un camp victorieux qui quitte une région en rendant les sommes et taxes récoltées aux habitants de cette région. Cette action a eu un tel impact sur les chrétiens que, malgré le fait que leurs armées religieuses avançaient, que les généraux, colonels et officiers étaient des leurs, que les soldats étaient leurs frères et maris, et en dépit du fait que cette guerre avait pris la tournure d’une guerre religieuse pour les chrétiens et que le centre religieux des chrétiens étaient sous occupation des musulmans et que les chrétiens rêvaient de sa libération, les hommes et femmes chrétiens sortaient de leurs maisons pour pleurer et priaient pour que les musulmans reviennent. »

Hazrat Mousleh Ma’oud (r.a.) avait une grande connaissance de l’histoire. Selon lui, elle (l’armée) s’était retirée et les sommes des taxes ont été rendues suite à la permission du Calife ‘Oumar (r.a.).

Hazrat Mousleh Ma’oud (r.a.) écrit au sujet d’Ikrimah : « À l’époque du Calife ‘Oumar (r.a.), lors de la bataille de Yarmouk, lorsque la vie des compagnons du Saint Prophète (sa) était en danger, et qu’un grand nombre de musulmans avait déjà perdu la vie, le commandant en chef islamique, ‘Oubaydah Ibn Al-Jarrah, a déclaré : « Je souhaite que viennent en avant des gens si braves que même s’ils sont peu en nombre, qu’en réunissant toutes leurs forces ils fassent peur aux Byzantins. » ‘Ikrimah s’est avancé et a demandé à ‘Oubaydah : « Laissez-moi choisir un groupe d’hommes : j’attaquerai au cœur de la troupe ennemie avec ces hommes, et j’essaierai de tuer leurs généraux. » Au moment même, le général de l’armée romaine était en train de combattre de toutes ses forces. Le roi lui avait promis que s’il obtenait la victoire face aux musulmans, il lui accorderait la main de sa fille, et lui donnerait la moitié de son royaume. Pour cette raison, il se battait vaillamment, et il était descendu dans le champ de bataille avec son armée personnelle et l’armée royale. Il avait également promis une somme importante aux soldats. De ce fait les soldats romains combattaient également de toutes leurs forces. Lorsque l’armée romaine a attaqué les musulmans, leur général se trouvait au cœur de la troupe. ‘Ikrimah a pris quatre cents hommes avec lui afin d’attaquer le cœur de l’armée ; l’un de ses hommes a attaqué le général et l’a fait tomber au sol. Ces quatre cents hommes combattaient une troupe de centaines de milliers de personnes. Le combat n’était donc pas facile. Le général a été tué, et en raison de cela, la troupe s’est désintégrée. Mais l’armée ennemie s’est abattue sur ces hommes, et hormis quelques-uns, ils sont tous tombés en martyrs. Douze d’entre eux étaient grièvement blessés. Lorsque l’armée musulmane a été victorieuse, ils les ont cherchés. ‘Ikrimah se trouvait parmi ces douze blessés. Un soldat musulman s’est approché de lui ; son état était grave. Il lui a dit : « O ‘Ikrimah, j’ai un peu d’eau, bois-en ! » ‘Ikrimah s’est tourné et il a vu à côté de lui Fadl, le fils d’Abbas, qui gisait là, blessé lui aussi. ‘Ikrimah a dit à ce soldat musulman : « Je ne pourrais endurer le fait que ceux et les enfants de ceux qui avaient aidé le Saint Prophète Muhammad (sa) quand j’étais son ennemi meurent assoiffés tandis que je bois de cette eau pour me maintenir en vie. C’est pour cette raison que tu dois offrir de cette eau à Fadl Ibn ‘Abbas en premier. S’il en reste quelques gorgées, tu pourras m’en offrir. » Ce musulman est parti vers Fadl, mais celui-ci a indiqué vers le blessé gisant à ses côtés et lui a demandé de lui offrir l’eau, parce qu’il en avait davantage besoin. Le soldat est parti vers ce blessé, qui a indiqué à son tour un autre qui était à ses côtés, ajoutant qu’il en avait davantage besoin et demandant de lui offrir de cette eau. Ainsi, chaque blessé envoyait le soldat vers celui qui était plus loin : aucun d’entre eux n’a bu de cette eau. Lorsqu’il est arrivé au dernier blessé, il était déjà mort. Il est retourné vers ‘Ikrimah, mais il était mort, lui aussi. De même tous les autres blessés étaient morts. »

Tel était le résultat de cette bataille. C’est ainsi qu’Allah l’Exalté leur avait accordé la victoire. Je continuerai ces récits la prochaine fois Incha Allah.